La tentation d’Eve
Hier soir j’étais au Palace pour voir Marie-Claude Pietragalla danser La tentation d’Eve.
Pietragalla que j’avais déjà vu danser deux fois auparavant, une fois dans Sakountala, ballet inspiré de la vie de Camille Claudel, et une autre fois Don’t look back de Carolyn Carlson. Depuis j’avais surtout suivi d’un œil les pérégrinations de sa compagnie.
Je ne m’étais pas trop informée sur cette Tentation d’Eve, sachant que j’aime en général arriver « vierge » histoire de recevoir le plus spontanément possible le spectacle qui va être donné. C’est après que je fouine pour chercher les références et me remémorer les moments forts. Cette fois encore je pense avoir bien fait même si une petite recherche m’aurait permis de me sentir moins ignorante quant aux textes et poésies dits au cours de la soirée (Andrée Chédid, Marceline Debordes, Molière…). Toutefois ça ne m’a pas empêché d’apprécier le spectacle.
La tentation d’Eve s’ouvre donc sur cette pauvre Eve qui pousse péniblement son énorme pomme, lourde de tant de « péchés » féminins désignés par les hommes et les dieux. Au début j’ai craint un peu trop d’académisme dans cette expression basique des tourments féminins. La révolte, la colère, la résignation, l’incompréhension peut-être trop facilement représentées à ce moment-là. [Attention, je ne suis pas du tout en train de dire que danser à ce niveau et avec cette virtuosité est facile, simplement je trouvais la gestuelle un peu trop répétitive et évidente].
Et puis – c’est là que j’aurais dû faire confiance à Pietragalla dès le départ puisqu’il semble évident qu’elle n’est pas artiste à se contenter de peu – les tableaux, les musiques, les textes, les costumes se sont succédés mêlant l’histoire de la Femme au parcours personnel de la danseuse. Femme primitive, conquistador, altière, libertine, soumise, numérique… en Marie-Claude Pietragalla l’universalité des femmes, de leurs choix,de leurs carcans et de leurs luttes. Et son corps se mouvant en chacune d’elle.
Théâtre, poésie, pantomime… Pietragalla a mêlé sa danse à d’autres disciplines sans se soucier des codes et avec un bonheur évident. Car c’est aussi cela qui m’a plu : l’humour et l’émotion mélangés. Un peu de légèreté et voilà qu’on la sent plus proche de nous, moins enferrée dans son art.
Vous l’aurez compris, j’ai aimé, une fois encore, voir cette femme danser et j’ai l’impression que tout est dit.
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La tentation d’Eve, chorégraphie et mise en scène de Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault.
Toutes les infos sur la tournée sont disponibles sur le site de la Compagnie Pietragalla.









Eve pousse sa pomme comme Sisyphe son rocher. Absurdité consciente d’un choix assumé: défier Dieu et finalement devenir l’esclave volontaire de sa propre condition. Femme à la fois forte, belle, incarnée et multiple, elle s’épuise consciemment dans cette marche vaine, simple paroxysme de la condition humaine.
Le spectacle donne à voir les merveilles du corps dans la danse et livre son message brut. Loin de l’académisme et sans condescendance, j’aime quand l’art nous donne à réfléchir et à ressentir intensément. Alors merci encore.
Voilà ce que j’aurais aimé écrire en fait ;-)
C’est vrai qu’au-delà du sens et des messages délivrés, c’est quand même le plaisir pur et le plaisir de vivre la prestation et son échange qui comptent. Ravie de savoir que tu les as ressentis !
Oui je l’ai ressenti et j’ai eu l’impression que les touches d’humour dans le spectacle n’y étaient pas pour rien.
Elle passe à Lille mais pas à Bruxelles, je vais voir… Cette femme me fascine…!
Alors vas-y si tu en as l’occasion !
Une soirée qui devait être fantastique!!!!
Oui vraiment un très bon moment.
Argh je t’envie! J’aimerais tellement la voir danser, au moins une fois : peut etre que je devrais en faire ma résolution de l’année…
… ou regarder ses dates de tournée et voir si ça peut coller (même si je sais que pour toi ce n’est pas évident).
Merci de ton billet, dans lequel je reconnais en grande partie ma soirée d’hier ; j’ai également eu quelques doutes dans le premier tableau (et notamment comme tu l’expliques sur la gestuelle), et puis les suivants ont plus capté mon attention, avec dans chacun des moments de grâce.
C’était la première fois que je voyais danser Pietragalla, et sa performance d’artiste au delà de la danse m’a impressionnée, mais j’avoue à regret ne pas avoir réussi à entrer complètement dans l’univers présenté
Un très beau moment néanmoins, et une grande artiste à voir sur scène…
Merci de ton commentaire ;-)
De mon côté, j’avoue toujours préférer les moments où elle danse que ceux où elle dit un texte par exemple (c’est mon côté “je veux voir de la danse”) même si j’apprécie le mélange des genres artistiques.
Je suis également aller la voir danser jeudi :)
Les touches d’humour du spectacle étaient vraiment originales et donnaient, comme tu l’as justement souligné, un côté plus accessible, plus léger et peut-être moins élitiste. Si l’esthétique de certains tableaux accrochaient définitivement l’œil (je pense à toutes la période moderne), j’ai regretté le manque de…danse tout simplement!?! Pour conclure, il y aura eu pour moi un bilan en demi-teinte et si je compare à son dernier spectacle “Sade ou le Théâtre des Fous” qui m’avait fait ressentir des émotions très fortes et m’avait vraiment touchée, “La Tentation d’Eve” me laisse un goût d’inachevé.
Le spectacle vaut néanmoins le détour et je ne regrette pas d’avoir vu danser l’artiste en solo, je n’étais juste pas sur le même registre émotionnel qu’elle cette fois-ci.
Et bien on aurait pu tous se rencontrer pour boire un verre après !
Je pense que l’évolution de ses spectacles en solo vers “moins de danse” est peut-être due, et sans vouloir désagréable avec Pietragalla, à son âge. Difficile de tenir la performance seule en scène pendant 1h30. Je l’ai aussi vu avec Mikhail Baryshnikov qui est ceci dit plus âgé.
Après effectivement ça ne se discute pas d’être happé ou pas par son univers. Ce que j’ai aimé à titre perso, c’est que les 3 fois où je l’ai vue sur scène, les registres étaient totalement différents et l’émotion aussi.
j’arrive bien après la course, la déception de ne pas avoir pu être assise à côté de toi jeudi soir est passée, je suis donc bien heureuse de pouvoir lire ton compte-rendu même si mes deux émissaires m’ont déjà fait part de leurs sentiments quant au spectacle. j’irai sans doute la voir d’ici début mars, si je parviens à m’organiser un peu mieux que pour cette fin janvier et si mon boulot m’en laisse la possibilité.
J’espère que tu arriveras à trouver un créneau pour Pietra… et aussi pour ce fameux mojito !
Je ne connais Marie-Claude Pietragalla que de nom et à travers quelques interviews qu’elle a donné. Ton impression sur son dernier spectacle donne envie…
Bienvenue Madame M. Merci pour ce commentaire :)
Effectivement, il me semble que le spectacle met davantage l’accent sur le message qu’il veut faire passer que sur la danse, qui ne sert à mon sens que de vecteur (magnifique, certes) mais qui n’est pas une fin en soi: il y a plusieurs tableaux dont l’esthétique est toujours parfaitement soignée (notamment dans les costumes) mais qui ne sont presque pas dansés du tout. Tu as sans doute raison sur l’âge, bulles!En tous cas, la soirée était excellente.
Bien résumé. Bizarrement, moi qui recherche effectivement la danse, je n’ai pas été gênée par les passages moins dansés. Trop captivée je suppose ;-)
Ca y est, tu y es allée ! Je n’y connais pas grand chose en danse, tout ce qui sort du classique pour moi sort de l’”académique”, mais effectivement ici il a l’air de se passer quelque chose de plus…
Je ne sais pas si c’est quelque chose de plus que le classique, c’est différent. L’un n’empêche pas l’autre d’ailleurs.
Mais enfin elle a quel âge Pietragalla ?
J’ai l’impression d’en entendre parler depuis des années et des années mais elle est super belle et j’arrive pas à la dater !!
Ahah je te laisse chercher !
Indice: demain, c’est son anniversaire. ;-)
Merci pour ce bel article mettant en avant un art qui peut “donner à réfléchir et à ressentir intensément” comme l’a dit Carine. Nous avons choisi de le mettre en avant sur notre site, via cet article http://www.paris.maville.com/actu/actudet_-La-Tentation-d-Eve-le-spectacle-solo-de-Pietragalla-prolonge-jusqu-au-12-mars_44483-1679988_actu.Htm car sur paris.maville.com on ne prétend pas vous faire découvrir, mais on préfère mettre en avant les témoignages des parisiens !
PS : j’espère avoir l’occasion de voir Pietragalla dans ce solo :)
Bienvenue Virginie et merci pour le commentaire + la mise en avant. Je crois que le spectacle part en tournée pour les non parisiens.