Les unes et les autres
Je ne sais pas ce qui me prend en ce moment mais je n’arrête pas de lire des bouquins qui me tiennent éveillée la nuit. Coup sur coup je viens d’engloutir le dernier Badinter et Le quai de Ouistreham de Florence Aubenas. Enfin « engloutir » c’est vite dit. Si du livre d’Aubenas je n’ai fait qu’une bouchée, en revanche, la lecture de Le conflit la femme et la mère a été nettement plus laborieuse. La faute aux centaines de notes de bas de pages, mais pas seulement.
Pourquoi je vous parle des deux en même temps ? Parce que ces ouvrages reflètent, à mon sens, un instantané de ce qu’est être une femme en 2010 en France.
A propos du livre d’Elisabeth Badinter, je pense qu’on a tout lu/entendu/vu et je suis contente d’avoir pu me forger ma propre opinion. Je suis un peu restée sur ma faim parce que j’étais avide de lire la pensée de cette féministe dont la parole reste aujourd’hui l’une des plus audibles. J’ai regretté l’accumulation de références et de statistiques, certes intéressantes, mais parmi lesquelles j’ai eu du mal à extraire sa pensée. Le conflit ne m’a pas appris grand-chose. Peut-être parce que j’ai la chance d’évoluer dans un milieu qui me permet d’être informée.
Plutôt qu’une attaque en règle contre les naturalistes – phénomène qui me paraît plutôt marginal personnellement – j’aurais préféré qu’Elisabeth Badinter s’attarde plus sur la conciliation vie familiale / vie professionnelle et sur les actions des entreprises et des pouvoirs publics quant à ces questions.
J’aurais aussi aimé que la place des hommes soit abordée différemment que par le prisme des« tâches domestiques qui ne sont pas partagées blablabla ». En ce qui me concerne, si frein il y a eu à ma vie professionnelle depuis que je suis devenue mère, ce n’est pas la faute à l’allaitement, ni celle de mon conjoint (je sais que mon cas ne constitue pas une généralité mais bon, on est sur mon blog ici ou bien ?).
Certes la philosophe met l’accent, avec justesse, sur les choix possibles qui s’offrent aujourd’hui aux Française mais j’ai eu la sensation, que pour elle, le salut n’est justement pas dans la conciliation mais plutôt dans le fait qu’il ne faut rien sacrifier à son travail. Au rayon « culpabilisation » des femmes, on pourra donc faire une petite place sur l’étagère pour ce livre.
Et puis, il y a les femmes pour qui ces choix ne se posent même pas. Celles du livre de Florence Aubenas, les précaires et les invisibles. Son récit n’a rien d’un brûlot féministe, pourtant il en dit long sur le chemin qu’il reste à parcourir à certaines pour avoir une vie décente et c’est là, à mon avis, que se situe l’inégalité la plus outrageante.
Un exemple concret : ces femmes de ménage dans le livre expliquent qu’aujourd’hui le top, c’est d’être ouvrière ou caissière – car la caissière est assise sur un trône en plus d’avoir la plupart du temps un CDD ou un CDI. J’ai moi-même fait ce boulot pendant mes années d’études. C’était un job d’appoint mais qui m’occupais un nombre d’heures important par semaine et ce, pendant des années. Suffisamment pour en saisir la réalité. Savoir que certaines en rêvent comme d’un eldorado m’a vraiment permis de prendre conscience de ce qu’est la survie de ces femmes (et de ces hommes bien sûr).
Là aussi, beaucoup a été dit sur ce livre. Je voudrais juste souligner le travail d’enquête de la journaliste et son immersion sur le terrain qui me semblent primordiaux en ces temps où l’on écrit (et moi la première) confortablement installés sur nos sièges de bureau.
Elisabeth Badinter “Le conflit la femme et la mère” éd. Flammarion
Florence Aubenas “Le quai de Ouistreham” Editions de l’Olivier







Merci pour le billet ! Tu parles très bien de ces deux livres écrits par des femmes hautement respectables. Et bravo ! Je t’admire, car pour ma part, je n’aurais jamais franchi l’obstacle des notices de bas de page et encore moins celui du récit de Florence Aubenas. Rien que de l’entendre parler du quotidien de ces femmes en ITW et j’étais prête à fondre en larmes.
Merci !
Le livre d’Aubenas se lit très facilement, son écriture est très fluide et très directe. Elle réussit vraiment à nous “raconter” ses histoires. Bien sûr ce n’est pas gai mais j’ai trouvé qu’elle avait réussi à éviter l’écueil du misérabilisme. C’est vraiment un témoignage vivant sans jugement moral.
Très sympa ton avatar sinon ;-)
Arf, merci !
Là pas de copyright à demander, car ce sont bien mes œuvres ;-)
Bah tiens ! Suffit que je parle de sujets qui fâchent pour que mes œuvres se barrent !
Rha les mecs, tous les mêmes ! ;-)
Concernant E. Badinter, est-ce qu’elle dénonce les publicités sexistes ? (je sais c’est une question mesquine, mais l’incohérence entre le discours et les intérêts du portefeuille cela m’amuse toujours…)
Le livre de F. Aubenas est très interessant, en le lisant, cela m’a refait le même choc que pendant mon service militaire, quand il fallait que je rédige les CVs des autres appelés…
Je ne sais pas si c’est mesquin mais c’est une interrogation légitime. Après malgré sa position, je comprends qu’Elisabeth Badinter n’ait pas envie de museler ses propos, malgré tout, cela donne une autre perspective à certains de ses jugements.
Le conflit… le titre est bien trouvé, mais tu ne me donnes pas envie de le lire, surtout que je suis en conflit avec moi même sur ce sujet…
Le titre est vraiment bien trouvé car le conflit entre la femme et la mère est vraiment en nous, c’est aussi de cela qu’il s’agit.
On ne peut pas parler des “femmes” de manière générale comme si elles constituaient un groupe social homogène. C’est en cela que le livre de Florence Aubenas est salutaire.
Bien résumé.
Le livre de Florence Aubenas me tente beaucoup. Merci d’en avoir parlé, ainsi que de celui de Badinter, du coup, je n’ai ai pas lu grand chose de très positif, de blogs en blogs ! :D
Les deux sont intéressants. Après, et c’est très personnel, je trouve que le livre de Badinter est plus sujet à la critique. Mais ce sont aussi deux ouvrages de formes très différentes donc je n’ai pas cherché à les comparer, simplement à parler de l’image des femmes qu’ils renvoient.
Si j’avais – je prenais – le temps de lire, ce serait plutôt celui de Florence Aubenas, certainement plus accessible et plus direct, comme tu le dis.
Il n’y a pas de sot métier et moi aussi j’ai fait quelques années de caisse, ou autres emplois assimilés dans le commerce, et ça n’avait rien de déplaisant. A partir du moment où on est dans une entreprise où l’on se sent bien.
Si tu trouves le temps de lire le bouquin d’Aubenas (promis il se lit vite), tu verras que la notion d’entreprise où l’on se sent bien n’est pas trop de mise pour toute une catégorie d’employés.
complètement d’accord sur le livre de badinter! je n’arrive toujours pas à le terminer, il me reste 60 pages, je ne suis pas sûre d’arriver au bout…
j’avais très envie de lire celui de florence aubenas, cette femme est assez bluffante, et son livre est d’une vraie utilité sociale…
Merci miss Bulles ;-)
Allez courage !
Le bouquin d’Aubenas permet en effet de comprendre, comme le dit Madame Kévin plus haut, que “les femmes” ne sont pas un groupe homogène.
Madame Kévin dit bien les choses: on ne peut pas parler des femmes comme groupe homogène.
Je n’ai lu aucun des deux, mais le sujet m’intéresse – meme si je ne suis plus une “femme en France”. En Italie comme tu sais, on est mal barrées!
Alors dans le livre de Badinter, il y a plein de statistiques intéressantes sur l’Italie ;-)
Désolée pour le retard… Ce genre de sujet, je préfère en parler que lire, parce qu’à chaque fois que je lis ce genre de bouquins, il suffit que ce soit bien écrit pour que je sois d’accord.
Si j’en prends un autre qui dit exactement le contraire mais tout aussi bien écrit je serais d’accord aussi.
Oui je suis un mouton.
Quand au livre d’Aubenas, pourquoi pas. j’avoue que parfois le sentiment que je vais déprimer après avoir lu certains trucs me fait mettre mes oeillères et lire un bon “club des 5″.
D’autant que c’est tentant d’être absolument d’accord avec Elisabeth Badinter tellement sa parole est respectée. D’autant plus tentant que son bouquin a bénéficié d’une grosse couverture médiatique.
Effectivement, le livre d’Aubenas est excellent!!! Comme toi, j’ai beaucoup aimé ce travail de mise en situation.
bonjour !
En flânant virtuellement de blogs blogs, je suis tombée sur le tien et tu parles de deux livres qui font débat.
Pour Elisabeth, je partage ton avis sauf sur un point : les naturalistes, dans un certain milieu qualifié généralement de “bobos”, ne sont pas un phénomène marginal. C’est développé et c’est un fléau culpabilisant et surtout, totalement incompatible avec une vie professionnelle normale. Je ne parle même pas de carrière, juste de travailler.
Pour Florence, là, ça me parle au premier chef, je fais partie de ces femmes à la seule différence que j’ai un mari qui gagne plus que correctement sa vie. Mais jusqu’à janvier, j’ai passé le balais dans les salles de classe avec des instituteurs/trices gauchistes/politiquement corrects qui ne m’ont pas mieux traité que l’auraient fait une mère de famille huppée du 16ème. J’ai arrêté, j’ai perdu 200 euros sur ma paye mais au moins, je ne vais plus, à 16 heures 30 bosser en me demandant si je vais me retrouver convoquée chez le maire (oui, car je dépends de la mairie,) car une de ces charmantes dames se sera plainte du fait que je n’ai pas enlevé la poussière sur leur bureau….oui, la réalité des femmes de ménage, c’est pas gai.
Bienvenue Marlène !
Pour les naturalistes, effectivement j’ai dit “marginal” parce qu’à titre personnel je suis peu perméable à ce genre de phénomène. Toutefois je dois admettre que lors de mon accouchement, l’équipe médicale et notamment une infirmière de la Leche League m’ont bien mis la pression jusqu’à la culpabilisation pour l’allaitement et que c’était très déstabilisant. Ensuite au cours de la 1ère de mon fils, j’ai souvent été interrogative face à des discours que j’entendais de ci de là. Lorsqu’on vient d’avoir un bébé, on se pose tellement de questions que le doute s’immisce facilement. Aujourd’hui je suis plus sereine par rapport à toutes ces doctrine et peu influençable.
Concernant ton expérience professionnelle, merci de nous la faire partager ici parce qu’effectivement elle est significative.
Et pour les gauchistes/politiquement corrects, sans être de droite (loin de là) j’ai eu affaire à eux il y a peu et effectivement la réalité est très éloignée des grands discours idéologiques ;-)
J’espère ne l’avoir pas trop joué misérabiliste car j’ai horreur de ça mais malheureusement, c’est le reflet de la réalité. Et je ne parle pas de l’état des classes quand on rentre….une honte. Donc, si mon post a un côté trop “zola”, j’en suis désolée.
Pour les naturalistes, moi non plus, je ne suis pas concernée mais je pense qu’à l’époque où j’ai eu mes enfants, vulnérable comme j’étais à l’époque, ça aurait été très dur de résister.
Marlène : non ça ne fait pas misérabiliste, c’est une réalité un point c’est tout. Pourquoi vouloir enjoliver ?
Pour les naturalistes et la vulnérabilité des jeunes mères, je suis d’accord.
En plus, j’ai une mère et une soeur enseignantes, donc, je sais que ce n’est pas le cas de tous les enseignants. Mais c’est le cas de celles que j’ai rencontré.