La mélodie des mots
Si vous êtes blogueur ou lecteur de blogs, j’imagine que vous attachez un minimum d’importance aux mots. En tout cas que vous avez le goût de lire, même des textes courts.
Allez aujourd’hui on va un peu faire fonctionner notre cerveau car l’occasion m’a été donnée très récemment de faire une incursion plus poussée au cœur des rouages du langage. J’ai en effet rencontré Jeanne Bordeau, une femme qui ne vit que pour les mots. Fondatrice de l’agence de communication Press’Publica, elle a aussi créé l’Institut de la qualité de l’expression, un bureau de style spécialisé en langage. Son rôle est, notamment, d’accompagner les entreprises dans l’utilisation et la maitrise de leur langage propre, en interne et en externe.
Présenté ainsi, cela ne paraît peut-être pas très sexy pourtant le langage est l’affaire de tous et pas simplement celle des linguistes : nous l’utilisons quotidiennement, nous l’approprions et le détournons.
Le phénomène a pris de l’ampleur avec l’avènement des nouvelles technologies de l’information : sites web, emails, textos… ils influent sur les mutations du langage.
Combien de fois entend-on dire que la langue française est menacée, que nous l’appauvrissons ? Pour autant, la force du langage, pour Jeanne Bordeau en tout cas, ne réside pas nécessairement dans le nombre de mots que nous utilisons mais bel et bien dans sa structuration.
Son discours m’a intéressé car je me sens proche de ces contraintes de structuration de la langue qu’elle évoque. Lorsque j’écris, je fuis les styles trop alambiqués et je suis toujours en recherche de simplicité. Je cherche à épurer au maximum, à faire des phrases simples. Rien ne m’horripile plus que les textes formulés de façon compliquée et plus destinés à prouver qu’on a du style qu’autre chose.
Dans la pratique, Jeanne Bordeau va plus loin. Elle créée des tableaux de mots. Chaque année, autour d’une dizaine de thèmes (politique, économie, société, femmes, communication, environnement etc.), elle s’évertue à mettre en images les mots d’une année. Un travail de titan qui nécessite d’être férue d’actualité afin d’ingurgiter et régurgiter ces enchainements de mots. Et le résultat est assez éloquent : ces collages de mots rendent compte, très justement, des moments forts, positifs comme négatifs, d’une année. Les mots que l’on peut y lire sont totalement symptomatiques de notre époque et du zapping permanent auquel nous sommes confrontés. Cela a également une certaine résonance avec les injonctions de la presse féminine dont je vous avais déjà parlé ici.
J’ai récupéré quelques photos de ces tableaux. J’espère que vous parviendrez à les lire (cliquez sur les images pour les agrandir) car c’est ce qui importe ici, plus que vous demander si vous avez envie de voir ces tableaux dans votre salon.
Je vous laisse les découvrir. Pour moi ils sont la parfaite incarnation de cette expression : quelques mots valent parfois mieux qu’un long discours.
- La communication
- L’économie
- La société
- Les verbes
Si vous êtes intéressés par les problématiques du langage dans notre société, je vous invite également à découvrir le blog de l’Institut de la qualité de l’expression.











C’est un travail intéressant ces collages de mots !
Comme toi, je vote pour la simplicité du langage et l’épuration du style.
Votez pour moi alors ;-)
Je vais aller zyeuter et lire ces quelques mots….
Finalement les tableaux s’affichent correctement, ça me semble assez lisible.
Bon je n’ai pas tout regardé, mais de ce que j’en ai vu j’aime bien les collages de Madame Bordeau (hmmm quel joli nom). Il y a quelque chose de Mirò dans ses œuvres.
Puis chuis tombée sur mot buzz, buzz, buuuzz, BUUUZZZ ! Quand on parle de bureau de style, on est effectivement en plein dans la tendance. J’en peux plus de ce mot !
Oui c’est intéressant ça, ces nouveaux mots sortis de nul part. Ou alors les dérivés. Mot top one dans le genre “impacter”… très à la mode et insupportable !
Je suis comme toi, j’aime bien la simplicité dans l’écriture, sauf quand elle vient elle-même juste appuyer un style un peu surfait. Tu sais, du genre “regarde comme mes phrases sont simples et percutantes, je suis trop hype !”
C’est une bonne idée, en tout cas, ces tableaux de mots !
Je vois bien oui. Justement on en parlait avec J. Bordeau et on se disait que c’était bien quand une phrase avec un sujet, un verbe et un complément ;-) (même si je ne respecte pas toujours la règle moi-même).
Je suis tout à fait de ton avis sur les phrases alambiquées.
J’en arrive même à éprouver un peu de condescendance envers les auteurs qui en abusent en me disant nan mais ils ont vraiment cru m’avoir en mettant juste un mot compliqué que personne ne connait ou en utilisant une tournure qui casse complètement le naturel d’une conversation ?
Je m’efforce de rendre mes textes le plus naturel possible en écrivant “parlé”. Du coup c’est certainement pas bien écrit, mais ça correspond bien à ce que j’avais dans la tête !
Dis donc ça s’améliore pas mes commentaires chez toi! :)
A part ça, je trouve les collages très réussis, parce qu’au delà des mots qu’on y lit, la forme qu’elle a donné (surtout pour communication et économie) donne de la force et du mouvement au sujet.
C’était très intéressant tout ça.
Pour la peine je m’en vais lire le blog de l’institut de la qualité de l’expression (c’est pas un peu pompeux comme nom ?)
J’aime ta façon d’écrire, je trouve ça bluffant, sans ponctuation alors que moi je suis la reine de la virgule ! On dirait effectivement que tu écris comme si tu étais dans un dialogue interne.
C’est vrai que je n’ai pas parlé de la forme des tableaux qui a aussi une grande importance et apporte un niveau de lecture supplémentaire à l’ensemble.
Je ne savais pas que les bureaux de style existaient dans ce domaine. Le travail de Jeanne Bordeau est passionnant. Elle a besoin d’une collaboratrice ? :)
Moi aussi je l’ignorais, je connaissais ceux dans le domaine de la mode ;-)
Je me doutais que ça allait te plaire…
Je reviens car j’ai regardé de plus près tous les tableaux !
Son travail est effectivement très intéressant et totalement anxiogène ! Que ce soit au niveau de l’économie, de la comm’, de la société et même des verbes employés qui représentent bien les impulsions que nous donnons ou tentons de donner aux autres et à nous mêmes, les mots chargés d’une certaine négativité ont une place de choix (ou en tout cas ont retenu toute mon attention) : emprunt, dette, climat d’urgence, malbouffe, génération amnésique, sport business, bonheur business, consommer, se suicider… c’est moi qui voit le verre à moitié vide ou on vit une époque vraiiiiiiment formidable ?
Mumm je crois qu’on vit une époque vraiment formidable comme cela ressort dans ces tableaux ;-) Il faudrait que je récupère celui sur les femmes pour vous le montrer car il est très intéressant.
Un ENORME merci pour ce post et cette découverte, je ne connaissais pas du tout cet institut, et le travail de Jeanne Bordeau me parait aussi scientifique que créatif, car s’exprimer est bel et bien une science, où les mots sont des éléments qui provoquent des réactions en chaine.
C’est vrai que les nouvelles technologies ont radicalement changé notre langage et les interfaces d’expressions !
Et y en a qui coulent : )
http://www.dailymotion.com/video/x7y3lm_flefebvre-et-le-web-20_news?from=rss
Un bureau de style spécialisé en langage, ça doit être d’une excellente aide pour les spin doctors ; )
Et bien un ENORME merci à toi pour ton commentaire. Je suis ravie que le sujet intéresse autant. Effectivement ce travail allie la rigueur de la science à la créativité.
Tu veux dire que certains auraient intérêt à faire appel à ce bureau de style ?
Madame Kévin et moi voudrions etre les collaboratrices de madame Bordeau.
A propos de style, les Français qui écrivent bien écrivent vraiment bien. Le bon style français est superbe. C’est en lisant en italien que je me suis rendu compte de la chance qu’a notre pays d’avoir un art d’écrire si raffiné. La langue italienne est certes superbe et très riche, mais les Italiens ont besoin que ce qui se veut sérieux soit pompeux, et c’est dommage.
La langue française est certes maltraitée – surtout par certaines rédactrices de Elle – mais nous sommes capable d’allier simplicité et élégance, et cela n’est pas donné à toutes les cultures.
C’est drôle, nous sommes plusieurs à avoir découvert ce métier, je vois que ça titille !
C’est intéressant ce que tu expliques sur la langue italienne. Cela a encore à voir avec la structure et non avec le vocabulaire. Et j’imagine que ton avis de traductrice n’est pas à prendre à la légère ;-)
Certains auraient certainement besoin de ce bureau de style, à commencer par le grand timonier qui parle un français bien médiocre et avec une gestuelle des plus ridicule !
Dernier exemple en date des merveilles de ce genre de “bureau de style”, la récente victoire de Alexandre Loukachenko en Ukraine, un ancien rustre au vocabulaire fort peu avenant, il a engagé des conseillers américains qui ont fait de lui un grand orateur proche du peuple, avec un wording qui parle au “connard de base” comme on dit !
Tout à fait d’accord avec la médiocrité du français de notre grand (?!) timonier.
A ce que j’ai compris de l’activité de Jeanne Bordeau, elle se concentre principalement sur les entreprises qui ont besoin d’harmoniser et de mettre en cohérence leur communication (jusqu’aux notes internes) avec leur image et leurs actions.
Elle pourrait le faire pour des hommes politiques mais je n’ai pas eu la sensation que c’était ce vers quoi elle voulait se diriger (enfin là, ça n’engage que moi).
Je n’ai jamais autant aimé lire que depuis que je tiens mon propre blog. J’avais parfois la critique facile et je réalise encore maintenant comme il est parfois difficile d’écrire juste et agréablement. C’est par exemple tout un travail pour moi de couper mes phrases et de rendre mon style moins lourd…
En cela, le travail de Jeanne Bordeau est assez impressionnant pour moi: il n’y a au final qu’un nombre limité de mots sur ses tableaux, et pourtant ils sonnent juste, et expriment beaucoup plus que ce qu’il n’y parait. En éternelle optimiste que je suis, je trouve cependant certains d’entre eux assez pessimistes, non? Même si j’imagine que le principe est d’exacerber la réalité pour marquer les esprits…
Il est vrai qu’il n’y a là qu’une sélection de son travail, certes pas forcément les variations les plus optimistes. Mais moi qui suis assez réaliste, ou peut-être pas assez optimiste, j’ai tendance à penser que ça représente bien notre époque qui n’est pas des plus réjouissantes par certains aspects.
La communication politique est un plus gros challenge et les stratégies vont au-delà d’une planification d’entreprise, c’est aussi un concept très artistique : vendre une guerre comme un paquet de lessive rien qu’avec les mots, c’est fort ; )
Oui je pense que c’est un autre métier… vieux comme le monde en outre.
Bravo pour ce papier… Moi aussi je m’attache à la structuration des historiettes que je raconte sur mon blog, et je suis heureuse de découvrir le tien. Nous ne sommes pas du tout sur le même créneau, mais c’est agréable de voir des articles qui se tiennent ! Bref je te lis avec plaisir.
Bienvenue Coco La Bulle !
Merci de ton commentaire. Bon moi je crois que je n’ai pas trop de créneau sur ce blog en fait ;-)