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Exercice de style : “Loin de la terre brûlée”

23/03/2009

terre-brulee_afficheLa semaine dernière je suis allée voir Loin de la terre brûlée de Guillermo Arriaga (21 grammes, Babel).
Du soleil ardent du Nouveau-Mexique aux falaises de Portland, les destins de trois générations de femmes s’entrechoquent.

Drame, amour, adultère, filiation… Autant évacuer la question tout de suite : oui c’est un très beau film, oui j’ai pleuré et oui je recommande.
J’arrête là mon résumé car je ne me trouve pas très douée pour cet exercice, surtout pour ce genre de film à fort potentiel émotionnel. Je ne suis pas sûre d’arriver à éviter les clichés du genre “tellement émouvant et fort” et je m’auto-ennuie d’avance en essayant de l’écrire.

Donc une fois n’est pas coutume, je vais aborder ce film par la question du style parce que c’est aussi ce qui m’a plu. Je l’ai déjà dit plus haut, Loin de la terre brûlée se déroule entre deux lieux à l’opposé l’un de l’autre, avec notamment deux femmes qui incarnent chacune un lieu et une époque différente.
Le travail sur les costumes est sans doute la partie visible de l’iceberg, mais pour le coup je crois que c’est un vrai travail de fond. Ici le contraste entre le style des deux héroïnes collent parfaitement à son histoire personnelle et à son lieu de vie.

Dans la première scène où apparaît Charlize Theron (Sylvia / Mariana), elle est nue, sortant de son lit où dort encore l’un de ses amants. Elle se poste devant sa fenêtre son corps offert à tous dans cette lumière bleutée qui accompagne toutes les scènes se déroulant à Portland.

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Plus tard, Sylvia est à son travail. Elle est œnologue ou gérante (on ne sait trop) d’un restaurant chic qui reçoit sénateurs et hommes d’affaires. Sobriété est le maître mot. Elle porte une robe bleu ardoise fluide, largement décolletée, qui semble glisser sur son corps. Souvent, elle ne porte pas de soutien-gorge ce qui ajoute à cette impression de nudité.
A ses pieds des ballerines, qu’elle portera souvent dans le film car Charlize Theron est grande, très grande. Si j’osais je dirais même que son corps est massif : large stature d’épaule, jambes interminables, charpente costaud d’où se dégage malgré tout de la délicatesse.

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Tout au long du film, la garde-robe de Sylvia emprunte aux tons gris-bleu-ardoise, en parfaite résonance avec la couleur du ciel de Portland, ses sombres nuages, ses pluies diluviennes…
Un bracelet en or et des petits anneaux aux oreilles. Cheveux relevés et maquillage léger. Incarnation d’un chic très discret. Sylvia joue son rôle à la perfection et présente une façade sociale irréprochable, bien loin de la réalité de son existence.

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Sylvia est suivie par un mystérieux inconnu. Sur ses robes elle porte cette parka très masculine, toujours bleue, qu’elle assortit parfois à des bottes en caoutchouc - très tendance green non ?

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A d’autres moments, elle porte aussi ce caban marine.

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En fait les qualificatifs qui me viennent à l’esprit sont “à nue” et “crue”. Ravagée, brusque, grave, désespérée également.
On découvre souvent son visage marquée, ses yeux bleus marqués de cernes, des racines sur ses cheveux décolorés… Elle ne cherche visiblement pas à remporter un prix de beauté mais elle sait qu’elle est sublime.

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Kim Basinger interprète Gina, la mère de Sylvia. Son personnage évolue pendant l’adolescence – je dirais à la fin des années 80 – de Sylvia (qui s’appelait encore Mariana) au Nouveau-Mexique. On se figure sans difficulté la morsure du soleil dans cette région aride et dépouillée.

Gina est une femme fragile et blessée. Elle nous apparaît fine et presque recroquevillée sur elle-même. On se demande comment cette beauté a pu échouer dans ce trou perdu. Blonde à l’excès avec cette chevelure brushée et domptée qui ne correspond pas trop aux canons de l’époque, selon moi, mais qui lui donne un surplus de sophistication : c’est un personnage qui s’évade et qui apparaît au-dessus du lot.
Elle porte souvent de longs gilets en maille sans forme. Elle semble être la seule à avoir froid alors que la chaleur semble écrasante et qu’il est beaucoup question de feu.

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Jean trop grand, chemise western, bottes motardes-camarguaises, Gina est une femme au foyer vraiment désespérée. Elle ne semble pas avoir conscience de son sex appeal.
Kim Basinger a accepté de se laisser filmer en gros plan. Cela nous permet de constater qu’elle n’a visiblement pas cédé aux sirènes des chirurgiens esthétiques. Ses pommettes rebondies ont disparu pour nous permettre d’apprécier la finesse de ses traits et son extrême beauté. Gina a le regard fuyant et quelque chose d’un petit animal tremblotant.

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Pour dormir avec son mari camionneur, elle porte une nuisette qui cache une cicatrice trop douloureuse. Et quand elle rejoint son amant, elle porte des robes légères fleuries avec toujours un petit gilet. Elle incarne un peu la figure de la sainte transformée en putain qui cherche la rédemption.

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Ou alors une petite veste rouge portée sur un chemisier blanc : rien de très ostentatoire. C’est une femme simple en apparence qui porte des vêtements qui ne sortent pas de l’ordinaire. Aucun effet de style sauf à son insu. Elle pourrait presque être transparente si elle n’était si belle.

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Un merci à L’armadio del delitto, qui en publiant son billet sur Kusturica, m’a permis de dénouer le fil inextricable de celui-ci…

14 Commentaires laisser un →
  1. 23/03/2009 09:23

    Juste un petit mot pour te dire que ta chronique donne envie de porter des robes couleur ardoise et des petits gilets. :-)
    Bel exercice de style !

  2. 23/03/2009 09:51

    Et bé dis donc t’écrirais pas dans les cahiers du cinéma toi ?
    Bien joué ma foi de réussir à faire une analyse sur les fringues des actrices et le film en même temps!
    Le coup de la lumière ça me fait penser à Traffic où il y avait limite un filtre de couleur selon les endroits où il filmait.
    Enfin bref, ça me donne bien envie de le voir ce film !
    Merci !

  3. 23/03/2009 10:17

    Très bon billet ! Tu devrais nous en faire plus souvent des exercices de style !
    Tiens, je suis comme Annabel, ça me donne des envies de gris-ardoise !

  4. 23/03/2009 10:27

    Je suis flattée dis-donc! Merci!

    En tout cas bravo, super analyse, supers photos et j’ai bien envie d’aller voir le film! Je ne sais pas pourquoi, mais les histoires qui se déroulent dans des trous perdus m’attirent, et encore plus si les personnages ont plein de problèmes…

    Sinon j’apprécie beaucoup les actrices suffisamment sûres de leur beauté pour se montrer avec des cernes ou des rides, ou encore des racines foncées. Elles sont tellement plus chics que les filles qui en font trop. Et moins calculatrices que les glamurelles me semble-t-il, car elles accèptent de montrer ce qu’elles ont de laid.

  5. 23/03/2009 10:37

    Ton billet + les photos, j’avais l’impression de déguster un petit macaron plein de couleurs et de saveurs !! Bravo ! Tu m’as vraiment donné envie à moi aussi d’aller le voir et de le savourer !

  6. 23/03/2009 11:04

    C’est super que tu nous parles de ce film car le week-end prochain, les petits sont chez pépé et mémé et je comptais bien aller au ciné. Je cherchais donc ce que ce que je pourrais bien aller voir, à part Harvey Milk, qui n’est d’ailleurs peut-être plus à l’affiche dans ma petite ville !
    “Loin de la terre brûlée”, je l’avais repéré car j’ai adoré “Babel” et surtout “21 grammes”. Je me demandais juste si le film était vraiment réussi car, cette fois, c’est le scénariste qui se met directement au fourneau. C’est vrai que j’aime cette manière de présenter plusieurs histoires en paralèlle, qui sont cependant liées et dont on découvre les fameux liens au fur et à mesure du déroulement du film. Et puis souvent, on reçoit cash, dès le début, la fin de l’histoire, sans forcément savoir que c’est la fin, pour remonter progressivement vers les origines. C’est tout ce qui me plaît dans ces scénarios.
    J’ai lu de bonnes critiques sur ce film, mais aussi une autre plus nuancée, trouvant le film peut-être un peu confus parfois, difficile à suivre.
    Vu comme tu en parles, je pense que mon choix est quasi fait pour le week-end prochain !

  7. 23/03/2009 11:24

    Oooh mais dis-moi, je viens de me rendre compte que l’amant de Kim est portugais !!! C’est Joaquim de Almeida, un acteur de chez moi, qui s’est installé aux Etats-Unis où il jouait plutôt les méchants… Un très bon acteur au demeurant, beaucoup de charisme et de classe. Il s’en sort bien ?

    Et sinon, très d’accord avec l’Armadio : ces femmes de cinéma un peu cernées ont une densité à la Gena Rowlands… Mais c’est souvent aussi qu’au cinéma, nous prenons la peine d’aller au-delà de la cerne et nous arrêter sur leurs failles. Ce qui n’est pas forcément le cas dans la vraie vie.

  8. 23/03/2009 11:41

    Merci les filles, je suis très touchée par vos commentaires, c’est très encourageant !

    Annabel : et moi j’ai remis mes petites créoles en or ;-)

    Eve : non je n’écris pas dans les Cahiers (suis pas bien sûre que ce soit trop leur style d’ailleurs…). Oui les effets de lumière et de couleurs sont très importants ici.

    L’armadio : mais nous aussi les filles glamurelles acceptons de nous montrer telles quelles ! Non ? Trêve de plaisanterie, elles n’en sont que plus chics comme tu dis.

    C. : merci beaucoup ;-)

    Cécé : si tu y vas, tu me diras ce que tu en as pensé. Je n’ai pas trouvé l’histoire difficile à suivre pour ma part. Effectivement ici l’intrigue fonctionne beaucoup à coups de flashbacks.

    Bonnie : il faut juste trouver le bon sujet pour les exercices de style car cela fait tout !
    Sinon Joaquim de Almeida n’a pas un rôle de pas méchant cette fois ! Il est très bon, d’ailleurs il m’a pas mal intrigué car il n’est pas beau mais extrêmement charismatique et dans ce film il dégage une vraie douceur.
    Ce que tu dis sur les cernes et la vraie vie, ça me fait penser au billet de Foxy sur les talons au boulot… toujours cette sacro sainte image !

  9. 23/03/2009 12:37

    Alors si les racines et les cernes c’est classe, je suis le comble du chic !

    Nan, trêve de plaisanterie : Kim et Charlize, c’est le top de l’élégance. Des héroïnes quasi hitchkockiennes.
    J’avais vu la Theron dans Monster et j’avais été bluffée. Je ne croyais pas ça possible qu’une blonde puisse avoir autant de talent ! ;-)

    Je ne pense pas ce que je viens de dire évidemment (s’cusez pour la provocation), si ce n’est que je persiste et signe à dire que Charlize Theron est une très grande actrice.

  10. 23/03/2009 14:16

    bravo, c’est rare de te voir faire un post aussi long et détaillé, avec un angle mode de surcroît, belle perf!

    La bande annonce de ce film m’avait interpellée, je me demande si je ne vais pas aller y faire un tour.

  11. 23/03/2009 15:07

    Annabel : n’exagérons rien, sans racines et sans cernes c’est mieux quand même ! Mais disons que le fait qu’elles “l’assument” (je mets des guillemets car il ne faut pas être naïves non plus, on parle quand même de cinéma) les rend chics.

    En revanche dans Monster, Charlize était méconnaissable. C’était une vraie performance. Son corps était tellement métamorphosé c’était incroyable !
    Dans “Loin de la terre brulée”, on la voit nue et malgré le fait que ce soit un canon, son corps apparait vraiment crûment, pas forcément mis en valeur, clairement on n’est pas dans une pub Dior.

    Foxy : merci ! J’avoue que les posts longs me barbent vite en tant que lectrice donc je m’en méfie un peu mais là je me suis laissée déborder… et si ça n’ennuie pas les gens, tant mieux alors !

  12. Stéph' permalien
    23/03/2009 17:40

    Beau résumé, ça me donne très envie d’aller le voir. j’ai découvert Charlize Théron dans Monster également et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle ne mettait pas en valeur sa beauté.

  13. dradra permalien
    25/03/2009 22:06

    Bon, hé bien, que dire ?… Okay tu as gagné, mon prochain film au ciné à de fortes chances d’être celui-là, voilà, voilà, quoi.
    Un dernier mot : persévère, n’abandonne jamais, tu es faite pour écrire et nous prouver qu’on ne voit pas toujours bien les choses qui nous entourent, Bulles d’infos est là ! Merci pour tout, continue vraiment c’est parfait et nous ça nous ravit, alors plus rien à rajouter. Ah si, Charlize Theron est vraiment, vraiment … non, non, je ne suis pas lesbienne, non. Bises

  14. 02/05/2009 13:23

    Plus d’un mois après, j’ai enfin réussi à aller voir ce film ! Ça y est, il a fini par sortir dans le ciné de ma moyenne-petite ville de province ! Bon, y’avait juste une séance à 17 h, mais peu importante. Les enfants n’étaient pas là et nous avions tout le temps pour nous avec le Jardinier (nouveau nom de loulou gentil). Et oui, je l’ai entraîné avec moi et il n’a pas regretté.
    21 grammes étant l’un de mes cinq ou six films préférés, j’avais donc un apriori fortement positif sur ce film. Je n’ai vraiment pas été déçue et je t’avoue que j’ai passé la dernière partie du film à essayer de retenir les grosses larmes toutes chaudes d’émotion qui coulaient de mes yeux. Wouaaaah ! Cette Charlize, elle est magnétique ! On ne peut que remarquer son visage creusé, marqué par tout ce qui pèse sur elle mais ça ne la rend pas moins belle.
    Comme tu l’as bien expliqué, le contraste des couleurs entre les deux lieux de scènes est très frappant. Quant aux vêtements, j’y ai moins fait attention, si ce n’est le contraste entre sa parka masculine, ses grosses bottes de pluie et la classe qu’elle dégage quand elle se trouve dans son milieu professionnel.
    Ce qui est fort dans ce film, c’est que presque dès le départ, on devine qui est qui, le lien qui unit les personnages et qui a fait quoi, mais on reste quand même captivé par la beauté des images.
    Je suis heureuse de “claquer” 7€50 pour des films comme ça !
    Et concernant le titre du film, c’est bien la première fois que je le trouve plus percutant en français, “LOIN de la terre brûlée” qu’en anglais, “Burning plains” (je crois). Ce “loin” résume la vie de Sylvia/Mariana. Sa fuite fasse à la réalité trop pesante.

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