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Autopsie d’un fait divers

11/03/2009

kitty-genoveseNew York, quartier du Queens, mars 1964. Kitty Genovese, jeune italo-américaine de 29 ans, est assassinée en bas de chez elle par une nuit froide. Pendant plus d’une demi-heure, son assassin Winston Moseley, s’acharne sur elle sans qu’aucun des 38 témoins présumés de l’agression ne tente quoi que ce soit pour venir en aide à la jeune femme.

Plus de 40 ans après les faits, Didier Decoin (prix Goncourt 1977 pour John l’Enfer) exhume la tragédie de Kitty Genovese pour le compte d’une nouvelle collection lancée par Grasset, Ceci n’est pas un fait divers.
A l’époque, les circonstances de ce meurtre avaient ébranlé l’Amérique, conduisant à la création du numéro d’appel d’urgence 911. La victime aura également laissé une autre trace dans l’histoire : les psychologues ne tardant pas à donner son nom à un syndrome également appelé effet du témoin.

A l’occasion du lancement du roman Est-ce ainsi que les femmes meurent ?, une rencontre a été organisée entre Didier Decoin et une poignée de blogueurs dont Bab’s. Vous vous en doutez, j’y étais. J’ai toujours été curieuse de connaître les processus de création des artistes qu’ils soient musiciens, auteurs ou peintre.
Didier Decoin est aussi scénariste pour la télévision et le cinéma. Il éprouve un vif intérêt pour les faits divers et une vraie passion pour New York “ville des villes” et son patrimoine romanesque. Pas besoin d’aller chercher plus loin la source de son inspiration et le fait que son style ici soit extrêmement scénarisé.
L’auteur confesse, en outre, une fascination pour le personnage de Kitty – femme forte avec un vrai projet de vie – et pour le côté loup garou de l’assassin.

C’est d’ailleurs cette attirance pour le “monstre”  qui sème le trouble dans l’esprit du lecteur conférant à l’écrivain une étrange similitude avec le loup garou. A froid, Didier Decoin condamne le meurtrier tandis que, plongé dans son processus narratif, il va jusqu’à se glisser dans sa peau, cherchant à décrypter ses moindres pensées et actes. Schizophrénie assumée de l’auteur ? “Je me suis intéressé au moment où le réel devient plus invraisemblable que la fiction” explique-t-il.

didier-decoin-est-ce-ainsi-que-les-femmes-meurentLa difficulté majeure était de raconter une histoire réelle et de faire revivre un personnage ayant existé. “Il fallait trouver une écriture qui rende compte de l’horreur de l’agonie de Kitty sans tomber dans le gore.” En cela, la voix du narrateur qu’emprunte Didier Decoin est très posée et nous décrit les faits avec une précision quasi-chirurgicale.
Pour autant, il s’agit bien d’un roman et non d’un compte-rendu. Le romancier s’essaye donc à un travail de restitution du réel avec les éléments dont il dispose. Et pour le reste ? Il brode avec le vrai pour faire naître le probable.

Mais Didier Decoin va plus loin. Il prend position, pointant du doigt l’apathie des témoins tandis qu’il qualifie l’assassin de fou (donc d’une certaine façon irresponsable). “La vraie culpabilité n’est pas la non-intervention physique des voisins mais l’indifférence. Pourquoi n’ont-ils pas décroché le téléphone ?”
D’eux ou de celui qui passe à l’acte criminel, qui est le plus coupable ? Le débat reste ouvert.

Aujourd’hui Moseley, ayant échappé à la peine capitale, croupit dans une prison américaine, attendant une remise de peine.
Les témoins du meurtre eux n’ont jamais été inquiétés.

Est-ce ainsi que les femmes meurent ? de Didier Decoin, Grasset Ceci n’est pas un fait divers, 17,90 €

11 Commentaires laisser un →
  1. 11/03/2009 20:41

    merci pour ce compte-rendu. J’hésitais à acheter le livre, là, je crois que je suis décidée !
    (PS : c’est sympa ce genre de rencontre avec des blogueurs)

  2. 12/03/2009 13:12

    Quelle atroce histoire…

  3. 12/03/2009 14:26

    On a du mal à comprendre que personne ne puisse réagir, n’essaye de s’interposer (les témoins étaient nombreux et auraient certainement pu maîtriser l’agresseur). Ont-ils été pétrifiés d’effroi par l’horreur de ce qu’ils voyaient ?
    Dur de juger dans des cas comme ça. Il faut toujours se demander ce que nous aurions fait à leur place. Aurions-nous eu le courage d’agir ou aurions-nous laisser le soin aux autres de le faire ?

  4. 13/03/2009 09:57

    Et Decoin, il est comment ? Il m’a toujours intriguée, cet homme qui a tant oeuvré pour la littérature à la télévision…

  5. 15/03/2009 11:07

    Gaëlle : merci. Oui ce genre de rencontre, c’est vraiment intéressant.

    peaceelrring : oui une histoire atroce comme il en existe tant. Comme le dit Cécé, qu’aurions-nous fait ?

    Bonnie : il est sympa et accessible. Du moins lors de cette rencontre.
    Ça m’a rappelé que j’avais bossé sur une autre de ses oeuvres, télévisuelle justement, les Misérables.

  6. 15/03/2009 13:37

    Ah oui ? Faut que tu racontes, un peu…

  7. 15/03/2009 15:22

    Bonnie : ma rencontre avec Josée Dayan ahahah !

  8. 15/03/2009 18:00

    Ah là tu m’avais caché ça, la rencontre avec l’ogresse : clairement il faut te mettre à table !

  9. 15/03/2009 22:55

    Hello Bulles, welcome home! très beau billet qui résume bien le livre et notre rencontre avec Didier Decoin!C’est vrai que toute cette histoire est terrifiante mais donne à réfléchir… A très vite.

  10. 16/03/2009 17:32

    J’ai l’impression que Didier Decoin plait beaucoup aux femmes. J’aime bien son style, mais je suis souvent dérouté par la trame de ces histoires. Par exemple, la femme de chambre du titanic, bien que j’ai beaucoup aimé l’ambiance et les personnages l’histoire m’a semblé un peu incomplète/creuse. La fin particulièrement, cette sensation de déboucher sur du vide… Pourriez vous m’éclairer sur cette fascination? :)

  11. 16/03/2009 17:54

    Peaceelrring : en ce qui me concerne je n’irai pas jusqu’à dire que j’ai été fascinée par ce roman, c’est plutôt le fait divers sordide.
    Je ne vais pas pouvoir trop t’éclairer car j’avoue que c’est le 1er roman de cet auteur que je lis… en fait moi je connaissais plutôt son œuvre télévisuel (sans forcément le savoir d’ailleurs). Bab’s pourrait pê t’éclairer. C’est une experte en littérature !

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