Noces de plomb
Bizarre comme il y a des films ou des livres qui vous tournent autour. Je n’étais pas sûre de vouloir voir Les Noces rebelles. Certes le scénario m’intéressait mais certains avis mitigés m’avaient arrêtée. Pourtant le film ne cessait de revenir vers moi. Finalement j’y suis allée et je n’ai regretté qu’une chose : ne pas voir lu avant le roman dont est inspiré le scénario (La Fenêtre panoramique de Richard Yates) car il doit être exceptionnel.
April et Frank Wheeler sont un couple qui se rêve hors du commun. La médiocrité du quotidien et la soumission au conservatisme, très peu pour eux. Ils finissent pourtant par s’installer dans une banlieue new yorkaise après la naissance de leurs enfants, April cesse toute activité professionnelle tandis que Frank passe ses journées à s’ennuyer ferme dans un boulot qu’il méprise.
Peu à peu le couple s’embourbe dans une routine décevante. Mue par le désespoir, April convainc Frank de tout larguer pour partir vivre à Paris. Une idée qui va leur donner un sursaut de vie, avant qu’ils ne soient rattrapés par leur environnement social.
Le film relate les mois qui précèdent ce départ supposé et la chute inexorable des époux dans la tragédie.
Onze ans après Titanic, le couple mythique Leonardo DiCaprio et Kate Winslet est reformé pour connaître une chute douloureuse avant de voler définitivement en éclat. Intéressant quand on sait que c’est Sam Mendes (American Beauty), l’époux de Kate Winslet, qui réalise.
Le film est une mise en abyme du mariage et renvoie inexorablement à ces questions : l’individualité peut-elle se soustraire à sa dissolution dans le couple ? Le quotidien tue-t-il l’amour ? La maternité est-elle une obligation ?
La façon de filmer particulière de Sam Mendes – lumière aveuglante et couleurs éclatantes – est comme un filtre qui nous permet de rester spectateur de cette histoire. Personnellement, j’ai été touchée par l’intensité dramatique, le jeu des acteurs, les questions sous-jacentes sans être happée par le désespoir de ces deux-là.
Évidemment il serait hypocrite de nier que le film fait résonance à des interrogations personnelles. Par exemple, je suis allée le voir avec une amie qui m’a confié en sortant : “Mais en fait, April est complètement hystérique, elle est folle dès le départ”. J’ai répondu que je ne trouvais pas qu’elle le soit. Elle est malheureuse, sa vie la déçoit et ça, ça peut rendre dingue.
Reste à savoir où se trouve ce fichu bonheur. Dans la promesse d’une vie à deux ? Dans le rejet du conformisme ? Dans des rêves fous ou dans l’aptitude à se réjouir d’infimes plaisirs ?
Plus probablement, dans le chemin qui nous empruntons dans l’espoir de le trouver. Et dans notre capacité à le reconnaître.





Aaaaaaah, je voulais aller le voir hier mais la séance était complète : quelquechose me dit que nous ne sommes pas seuls à nous poser ces questions. Ce qui m’amène parfois à penser que ce “fichu bonheur” dont tu parles n’existe peut-être pas. Ou pas sous la forme d’une projection incessante de nos fantasmes dans un avenir que l’on repeint à nos couleurs… Effectivement dans le chemin, et dans que tu mets en branle pour le trouver.
C’est aussi pour cette raison que je rôdais autour du film sans vouloir y aller car j’avais peur d’être plombée. Mais je suis inexorablement frustrée d’hier, donc je retente cette semaine !
Je ne l’ai pas encore vu mais je connaissais déjà l’histoire que tu résume fort bien. J’ai vraiment envie d’aller le voir, et pas seulement à cause des questions à propos du bonheur, mais aussi à cause de ce sentiment de supériorité que semble avoir le couple au début: c’est très intéressant et je ne crois pas que beaucoup de films s’arretent sur cet aspect.
Bonnie : à vrai dire moi aussi j’appréhendais d’être “plombée” (d’où ce titre si subtil…) mais en fait non pour les raisons que j’explique : mise en scène particulière et aussi parce que l’histoire se déroule dans les années 50. La pression sociale existe toujours mais le contexte est sensiblement différent aujourd’hui, surtout pour les femmes.
L’armadio : effectivement le couple des Wheeler est construit sur ce sentiment de supériorité ou du moins cette certitude d’être différent des autres. Et ça, sans trop m’avancer, je pense qu’on l’a tous ressenti et pensé au moins une fois. Le “oui mais nous on ne sera pas comme ça”…
Ah mais moi aussi j’ai fait un post sur ce film vendredi!
10 jours après, j’y pensais encore: c’est certainement le propre des très bons films. Personnellement, je ne suis pas sûre que le contexte 50s du film ait un impact particulier sur les questions traitées, car le film traite moins, selon moi, de la condition des femmes aux US dans les 50s, que de thèmes universels : comment avoir le courage de suivre ses représentations personnelles, est-ce une fatalité de céder au confort, et au vide, des moules sociaux. Le point que tu soulèves sur la culpabilisation d’April par le public est très intéressant : comme si une femme ne pouvait échapper aux schémas bien établis (faire le bonheur de son petit mari, s’épanouir dans la maternité…) sans être sévèrement condamnée par le plus grand nombre.
Moi je trouve que le contexte 50′s a quand même un impact notamment sur la situation de April : elle pourrait décider de travailler mais ne le fait pas, pour une raison ou une autre. D’ailleurs on le voit : quand Frank se rend à NY par le train, il n’y a que des hommes et très peu de femmes dans le train.
Pour le reste, entièrement d’accord avec toi, ce sont des thèmes universels.
Concernant la culpabilisation, il est parfois plus facile de désigner un fou que de se regarder avec honnêteté ;-)
Oh j’adore ta dernière phrase, on dirait du Marc Aurèle !!! -)
Pour le reste, faut vraiment que je voie le film pour suivre le débat dans ces subtilités ! ;-)
C’est très juste de souligner que pour intense qu’il soit donné à voir, le désespoir du couple ne nous engloutit pas à sa suite. Sûrement le propre des bons films – ou des personnes qui tentent de construire leur vie sans attendre que le bonheur leur tombe tout cru dans le bec au point d’en faire rapidement une indigestion.
Et pour m’immiscer dans le débat (toutes mes excuses, c’est une vile habitude de faire le tour des blogs après avoir vu un film pour voir ce qu’on a pu diversement en penser) sur les années 50s, je tendrais également à penser que le contexte est important, car il confirme la retombée dans le conformisme d’un couple aux idées pourtant plus larges (puisque dans leur projet parisien, le rôle qu’endosserait de bonne grâce Frank est celui d’homme entretenu…)
Bonnie : oui hein c’est comme M. Jourdain dis donc !!
Mimylasouris : bienvenue ! Et tu as bien fait de t’immiscer, c’est toujours intéressant !